samedi 30 juin 2012

Hunger Games - 1/2


Hunger Games : quand l’anticipation se mue en dystopie.

En évoquant la space-fantasy il y a quelques semaines, nous avions abordé l’une des deux influences majeures de la science-fiction : le récit d’aventure. Nous allons donc maintenant évoquer l’autre courant fondateur du genre : l’anticipation.
L’envie chez les écrivains, réalisateurs et autres artistes d’imaginer le futur est ancienne. On peut citer le roman L'An 2440, rêve s'il en fut jamais de Louis-Sébastien Mercier publié en 1771, considéré comme le premier roman d’anticipation et qui a donné lieu à quelques œuvres majeures.

Les œuvres majeures du genre

Inventer une vision du futur revient en général à imaginer à la fois les progrès de la technologie et la mise en place d’une nouvelle société. Ceci peut se faire dans le cadre d’un pur travail de spéculation intellectuelle, mais pour la plupart des auteurs il s’est rapidement agi de faire de leurs œuvres une mise en perspective de leurs sociétés.
Cette approche du genre fait que les romans d’anticipation vont très souvent se caractériser par un relatif pessimisme. Ainsi, même Jules Verne, considéré comme le chantre du progrès technologique, va proposer à la fois des utopies (représentations d’une société idéale) avec par exemple Les Cinq Cents Millions de la Bégum, mais également des dystopies (ou contre-utopie, description d'une société imaginaire, souvent dictatoriale, sans égard pour les libertés fondamentales), notamment dans Paris au XXe siècle dans lequel les progrès technologiques s’accompagnent d’une société liberticide.

Si chez Jules Verne les œuvres majeures témoignent d’un relatif optimisme quant aux progrès de la science, on peut noter que pour d’autres auteurs majeurs du genre, H. G. Wells et Aldous Huxley par exemple, la postérité aura plutôt retenu leurs œuvres les plus pessimistes : Une Utopie Moderne et L'Île du docteur Moreau pour le premier, et Île et Le Meilleur des mondes pour le second.
Dans la deuxième moitié du 20ème siècle, le genre va évoluer progressivement. A l’approche essentiellement sociétale qui trouve son apogée avec 1984 de George Orwell va s’adjoindre une nouvelle réflexion sur les progrès technologiques donnant lieu à l’apparition d’un nouveau sous-genre de l’anticipation : le cyberpunk.

Le cyberpunk

Officiellement né dans les années 80 mais très influencé par l’œuvre de PhilipK. Dick, ce genre se caractérise par des réflexions sur l’intelligence artificielle, le lien entre l’homme et les machines -notamment avec les ordinateurs et internet-, mais également sur l’existence de multinationales devenues plus puissantes que les Etats. Neuromancien de William Gibson paru en 1984 est considéré comme l’œuvre matrice du genre, notamment du fait de son influence sur des œuvres postérieures comme Matrix d’Andy et Larry Wachowski ou Ghost in the Shell de Mamoru Oshii.

Cependant, malgré son impact sur le cinéma, le cyberpunk et le roman d’anticipation en général étaient des genres  relativement déclinants au début du 21ème siècle, et ce pour deux raisons principales.
1.  Même si le cyberpunk avait su anticiper l’impact des réseaux sociaux  par exemple, les lecteurs se sont retrouvés confrontés au quotidien à un monde qui évoluait beaucoup moins vite que dans les perspectives évoquées dans les romans cyberpunk.
2. Quant au déclin des grands romans d’anticipation sociétaux, il tient tout simplement à la rareté d’œuvres d’une telle valeur littéraire et philosophique.

(à suivre)

Damien Moutaux et Tristan Wallet (Médiathèque La Corderie, Marcq-en-Baroeul)

jeudi 28 juin 2012

Au pays de Mister Tim




D’abord présentée au MOMA (Muséum of Modern Art) de New York en 2009/2010, l’exposition consacrée à Tim Burton est arrivée à la Cinémathèque française à Paris.
Après plus d’une heure et quart de queue ! (pensez à réserver vos billets, c’est plus rapide…), on accède enfin au monde singulier du créateur d’Edward aux mains d’argent.

Passée la première salle qui vous met tout de suite dans l’ambiance, on entre dans le vif du sujet.
L’exposition explore toutes les facettes du talent de Tim Burton. On découvre une galerie de personnages, des murs entiers de dessins originaux, des extraits de films, des sculptures, des photographies, des maquettes.
Vous pourrez même découvrir ses premiers travaux lorsqu’il était encore adolescent à Burbank (banlieue de Los Angeles) ou étudiant à la CalArts, prestigieuse école créée par Disney ainsi que des films en super 8 ou 16 mm numérisés pour l’expo et même "Vincent " le premier court métrage officiel du réalisateur.

Les talents de cinéaste sont bien entendus mis en avant, mais l’exposition fait également la part belle aux autres dons de l’artiste : illustrateur, animateur, photographe, sculpteur et l’on pourrait passer des heures entières à déambuler entre les dessins, figurines et costumes originaux.
Faites vite, tout ce petit monde merveilleux est à votre portée jusqu’au 5 août 2012. Après, il sera trop tard….

Pour info : 2 nuits exceptionnelles pour les derniers jours de l’exposition les 7 et 21 juillet 2012, de 20H à 1H (dernière entrée à minuit)
Venez déguisés : tarif spécial 7 Euros et cadeau aux meilleurs déguisements.

La Cinémathèque française
51 rue de Bercy
75012 PARIS

les 6 affiches proposées pour l’expo :


Catherine Blomme (Médiathèque départementale du Nord)

lundi 25 juin 2012

Rock et littérature fantastique (2/2)


De sa création à nos jours, la littérature fantastique a nourri l’inspiration des musiciens. Désormais, cette relation se fait dans les deux sens. En effet, des écrivains s’inspirent, voire collaborent avec des musiciens pour des intrigues de romans. Quand ce ne sont pas les musiciens eux-mêmes qui écrivent.

Rock et rockers dans la littérature fantastique
-         Shock rock (1997) est un recueil de nouvelles réunissant des grandes plumes de la littérature fantastique et d’horreur (Graham Masterton, Nancy Collins, Richard C. Matheson…) pour écrire sur le thème du rock : des nouvelles où l’on croise Bob Dylan et la Reine du Speed, Elvis Presley qui affronte des rappeurs, Rockabilly Reb qui se repaît de l'âme de collégiennes.

-         La voix éthérée et hypnotique de Lisa Gerrard, chanteuse de Dead Can Dance, a inspiré Jean Marc Ligny pour La mort peut danser, un roman qui voyage entre l’Irlande des bardes de 1181 et la scène musicale anglo-saxonne des années 80.

-         Tori Amos, musicienne de rock atypique, visage d’ange mais volontiers provocatrice entretient des rapports amicaux avec Neil Gaiman. Tori Amos lui a inspiré deux étranges nouvelles pour son recueil Des choses fragiles (D’étranges petites filles, Pages d’un journal trouvé au sein d’une boîte à chaussures laissée dans un bus Greyhound).

-         Avant de devenir un auteur de romans de science-fiction et de fantasy à succès, Michael Moorcock a débuté avec le groupe de rock psychédélique Hawkwind, en déclamant des poèmes sur scène. Par la suite, Moorcock a rendu hommage à ses anciens comparses en en faisant des personnages de nouvelles (A dead singer, L’assassin anglais). En 1985, Hawkwind enregistre The Chronicles of the Black Sword, un album inspiré par Le Cycle d’Elric. Cette saga de fantasy narre les aventures d’Elric de Mélniboné, guerrier, sorcier et empereur, qui se bat dans le Multivers pour entretenir l’équilibre entre la Loi et le Chaos.

-         Chanteur du groupe Dionysos, Mathias Malzieu est aussi devenu un écrivain reconnu en publiant plusieurs romans à la limite du fantastique. Certains de ses héros se retrouvent dans ses chansons. Ainsi Giant Jack et Miss Acacia, héros de Maintenant qu’il fait nuit sur toi et La mécanique du cœur, sont présents sur les albums Monsters in love et La mécanique du cœur. En 2012, Mathias Malzieu crée un nouveau projet pour i-pad : L'homme volcan, une histoire fantastique interactive, mêlant texte, musique et images.

Alexandre Salczynski (Médiathèque départementale du Nord)

samedi 23 juin 2012

Lille3000

 

Sculpture de Nick Cave
En attendant le lancement officiel avec la grande parade du 6 octobre 2012, le Fantastique s'est déjà invité dans la métropole lilloise : fêtes, animations, spectacles...
Pour tout savoir, cliquez ici pour voir la programmation Pré-fantastic.


Si vous avez envie de devenir "Ambassadeur de Fantastic" avec Lille3000, cliquez ici.
Soirée spéciale Ambassadeurs lundi 25 juin 2012 à la gare Saint-Sauveur, Lille (Nord), à 19 h.

 

 

 

jeudi 21 juin 2012

Rock et littérature fantastique (1/2)


Lorsque les romantiques français découvrent les traductions des contes d’Hoffmann et du Faust de Goethe, ils s’enthousiasment pour l’atmosphère, les procédés et les figures du fantastique. Librettistes, compositeurs et chorégraphes se saisissent de cet univers propice au spectaculaire scénique pour créer des œuvres musicales. Opéras et ballets mettent en scène des spectres, des possédés et toutes sortes de créatures diaboliques inspirés des romans fantastiques. Aujourd’hui encore, toutes ces œuvres devenues des classiques de la littérature fantastique continuent d’inspirer les musiciens, notamment dans le rock. En voici quelques exemples.
 
Les classiques du roman fantastique dans le rock
-    Faust de Goethe (1808) n’a cessé d’inspirer les musiciens :
  • Faust a donné son nom à un groupe allemand de Krautrock
  • Faust apparaît dans des chansons de Gorillaz, Cradle of Filth, Current 93…
-         Les contes nocturnes d’Hoffmann (1817) et surtout L’homme au sable ont beaucoup influencé les musiciens :
-    H.P. Lovecraft a inspiré quantité de groupes répertoriés sur un site consacré à l'auteur.
Le dernier en date est un groupe de country folk français, Back to Lovecraft, qui a mis en musique des poèmes de l’auteur.

-       Les contes fantastiques et macabres d’Edgar Allan Poe sont une source inépuisable pour les musiciens :
  • The raven de Lou Reed est un concept-album sur la vie et l’œuvre d’Edgar Allan Poe. Alternant chansons et dialogues, cet album met en scène Edgar Poe confronté aux personnages de ses nouvelles. Pour interpréter les personnages, Lou Reed a fait appel à des acteurs (Steve Buscemi, Willem Dafoe). Côté musique, on retrouve David Bowie, Ornette Coleman, Laurie Anderson. En chef d’orchestre et de chœur, Lou Reed mène tout ce monde dans un univers tortueux aux ambiances noisy rock, jazz et électro. En 2009, Lorenzo Mattotti a travaillé à l’illustration de ce projet novateur et audacieux.
  • The fall of the House of Usher de Peter Hammill (1991)
  • Tales of mystery and imagination Edgar Allan Poe –  Alan Parsons Project (1976)
 Alexandre Salczynski (Médiathèque départementale du Nord)

lundi 18 juin 2012

Javier Negrete,


Les anciens Dieux ne sont pas morts…

Les anciens Dieux ne meurent jamais complètement. Suite à la perte de leur combat contre le tout jeune christianisme qui fait de Rome la cité du pape après avoir été celle de Mars et Vénus, ils se sont réfugiés dans les romans médiévaux, vêtus d’armures ou coiffés de hennins. La Renaissance leur rend leurs élégants drapés, leurs cuirasses, cnémides et cothurnes, voir même leur belle nudité. Les siècles suivants se passionnent pour eux (« beau comme l’Antique »), jusqu’à ce qu’ils se démodent et deviennent un poncif des peintres pompiers… La psychanalyse les ressuscite de nouveau et aujourd’hui ils trouvent encore une nouvelle jeunesse grâce à la fantasy d’inspiration mythologique.

Loin des brumes du Nord et des mythologies celtiques et nordiques qui nourrissent le fantasy depuis maintenant presque un siècle, les mythologies grecque et romaine sont une riche source d’inspiration pour l’écrivain espagnol Javier Negrete.
Après avoir été professeur de grec, Negrete a connu le succès en publiant des livres de fantasy qui sont en même temps raffinés, érudits et plein « de bruit de fureur ».
Dans Seigneurs de l’Olympe, l’histoire classique de la Gigantomachie (
raconté par Hésiode dans la Théogonie et sculptée sur le fronton du Parthénon d’Athènes et le Grand Autel de Pergame ) est reprise avec une vigueur et une originalité rare. Les Olympiens doivent lutter pour conserver leur pouvoir et même leur existence contre les terribles géants fils de Gaia, la Terre. Zeus , longtemps après avoir détrôné son père est menacé du même sort. Ses enfants préférés, Athéna, belle et sage guerrière aux yeux pers et Héraclès, demi-dieu plein de vie et de bonté seront presque les seuls à ne pas l’abandonner, aidés par le mal aimé mais si doué forgeron divin et boiteux Héphaïstos.
Des combats épiques, des scènes de magies à couper le souffle et un épilogue très intrigant font de ce roman un chef d’œuvre à lire à partir de 13 ans (pour les bons lecteurs).
Alexandre le Grand et les Aigles de Rome est, comme son titre l’indique, une uchronie. Mais c’est bien plus que cela. Alexandre n’est pas mort en Inde, son empire n’a pas été dépecé par ses généraux. Au contraire, plus solaire et divin que jamais, cet ancien élève d’Aristote se prépare à affronter un des  seuls ennemis de valeur qui dressent encore contre lui : Rome.
Connaissance parfaite des civilisations grecques et romaines, des 2 histoires (la grande et la petite), personnages attachants aux caractères subtils, combats, coups de théâtre, complots et magie font de ce roman à la fin ouverte une perfection du genre.

 Les éditions de l’Atalante (qui ont publié tous les titres de Negrete traduits en français) ont fait paraître aussi une trilogie, qui sera bientôt une tétralogie : La Chronique de Tramorée.
Inspirée par les histoires antiques méditerranéennes et d’Amérique du Sud, elle se déploie sur des centaines de pages sans que le lecteur soit jamais lassé. Œuvre de jeunesse remaniée, elle fait la part belle aux batailles, aux exploits héroïques et aux histoires d’amour, de passion et d’ambition sans que jamais les victimes des guerres, souvent occultées par la fantasy classique, soient oubliées. Une grande pitié et des scènes intimes tempèrent cette fresque gigantesque. Le point de vue évolue d’un tome à l’autre ; le champ de l’action s’élargit jusqu’à atteindre le ciel et les dieux, qui ne sont peut-être pas exactement tels que les hommes les imaginaient…


 
Ghislaine DANGÉ (Bibliothèque municipale de Lille)

samedi 16 juin 2012

Le chaudron des sorcières

Les sorcières sont de grandes cuisinières. Elles ont l'art de trouver des ingrédients originaux, de mélanger tout dans leur chaudron et de faire des plats inimitables.


Quelques pistes pour  percer le mystère de leurs recettes magiques
  • Grimoires de recettes magiques et envoûtantes à l'usage des sorcières (et sorciers) d'aujourd'hui de Marion Cailleret (Editions Tana, 2011) :
Des recettes ensorcelantes, comme la semoule sanguinolente, la soupe de langues de chat noir, etc.
  • Cuisiner, c'est rigolo de Josette et Jean-Marc Boudou (Hachette, 2009) :
14 menus thématiques : les fées, les sorcières, les pirates, le cirque, etc., pour les enfants (à partir de 6 ans)
     
    • Le grand livre pratique de la sorcière de Malcolm Bird (Editions Gulf Stream, 2006) :
    Cet album propose des activités simples et des recettes farfelues (à partir de 9 ans)
    • Sorciers, sorcières, à vos marmites ! de Nathalie Le Foll et Sébastien Mahon (Edition Librairie du Petit Jour, 2008) :
    Vous voulez préparer des papillottes infernales, une ragougnasse de langues de vipères ? vous avez le bon livre en mains (à partir de 9 ans)
    • La grande tambouille des sorcières de René Hausman et Michel Rodrigue (Editions Au bord des Continents, 2004) :
    Valentin présente ses recettes de sorcières : salade de limaces et crottes de bouc, corne de Trolls farcie (à partir de 6 ans)

    •   En musique, une recette de sorcière, dans l'album  Mystères et boules de gomme de P. Jaymes et P. Glaeser, le texte ici 







    • sans oublier Les Sorcières de Colin Hawkins (Gallimard, 1992)
    Bon appétit !


     Patricia Le Gall (Médiathèque départementale du Nord)

    jeudi 14 juin 2012

    Poterie fantastique à Mormal






    Quelque part en Avesnois, au bord de la forêt de Mormal (Nord), des créatures fantastiques ont pris possession du jardin de Cécile et Stéphane...

    Allez donc le visiter ici





    mardi 12 juin 2012

    Pierre Dubois

    La Médiathèque départementale du Nord a reçu Pierre Dubois, le 16 avril dernier dans le cadre de Passerelles sur le fantastique.
    Cliquez ici pour voir son intervention d'elficologue passionné et passionnant, interviewé par l'écrivain Jean-Pierre Croquet
    Bientôt sur le site de la MdN, la conférence de Jacques Sirgent,  vampirologue.



    lundi 11 juin 2012

    Portrait de savants fous : le Capitaine Nemo

    De l’importance de George Sand, de la plage du Crotoy et de la censure dans l’apparition d’un savant fou.
    Les savants fous, réels ou de papier, ont en commun de mettre leurs facultés au service d’un dessein échappant complètement à la fonction habituellement assignée à la science. Ils emploient généralement leurs extraordinaires découvertes à remédier à la folie ou à la faiblesse des hommes, se passant volontiers de leur accord, décidés qu’ils sont à façonner le monde selon leur propre volonté.
    Tous sont, à bien des égards, proprement terrifiants. Excentriques Prométhée plus ou moins bien intentionnés, vrais génies ou imposteurs de talent, ils nourrissent notre imaginaire et nos rêves de dépassement, rappelant cependant par leurs destinées fatales qu’il n’est pas sans danger de s’écarter des sentiers couramment battus.
    Ouvrant une série de courts portraits de savants fous, la figure ambiguë du Capitaine Nemo.
    Répertorié par Daniel H. Wilson et Anna C. Long dans leur instructif et savoureux Panthéon des savants fous (Calmann-Lévy, 2010), le capitaine Nemo est loin de se réduire au rigoureux diagnostic que les auteurs ont mené selon les méthodes éprouvées de la psychologie clinique.
    Ce personnage énigmatique serait resté dans le plus grand anonymat (nemo, allusion à la réponse donnée par Ulysse au Cyclope) et dans l’ignorance même des nations, s’il n’avait transgressé sa propre règle en se portant au secours de naufragés. Parcourant en leur compagnie les fonds sous-marins encore inconnus dans la deuxième moitié du 19e siècle, les menant même jusqu’aux vestiges de l’Atlantide, il ne leur dévoile qu’une partie de son mystère, portée en 1870 à la connaissance des lecteurs de Vingt mille lieues sous les mers (LGF, 2001- illustrations d’Alphonse de Neuville)
    Il apparaît alors que ce n’est pas un monstre marin surgi des abysses qui vient éperonner les bâtiments de guerre parcourant les océans, mais un submersible tirant sa puissance de l’électricité ! La science mise en œuvre dans la conception du Nautilus est insoupçonnable pour les contemporains de Nemo, qui ne peuvent que recourir aux légendes anciennes pour expliquer ces attaques mortelles surgies des profondeurs.
    L’intérieur rococo du Nautilus dépasse également toute mesure, prodige de technologie visant à l’autosuffisance, et merveilleux musée-bibliothèque riche des œuvres « des maîtres anciens et modernes et de ce que l’humanité a produit de plus beau dans l’histoire, la poésie, le roman et la science, depuis Homère jusqu’à Victor Hugo ».
    Libre au fond des mers, entouré d’un équipage cosmopolite de proscrits parlant une langue qui leur est propre, Nemo dans sa solitude hautaine et vengeresse s’en prend violemment à la société humaine et terrestre qu’il abhorre. Flanqué d’un drapeau noir frappé d’un N, le Nautilus fond sur l’ennemi et file, mobilis in mobili.
    Nemo précurseur de l’écologie ? Oui, dans la mesure où il met en avant la nécessité pour l’homme de bien connaître sa relation à l’environnement naturel, et la possibilité d’y trouver une place non destructrice. Mais il utilise pour cela, en les poussant jusqu’à leurs limites extrêmes, toutes les possibilités ouvertes par un Progrès qui triomphe en cette époque de Première révolution industrielle.
    Nemo anarchiste ? Certains l’ont affirmé, se fiant aux propos mêmes du sombre capitaine : « je ne suis pas ce que vous appelez un homme civilisé! J'ai rompu avec la société tout entière pour des raisons que moi seul j'ai le droit d'apprécier. Je n'obéis donc point à ses règles, et je vous engage à ne jamais les invoquer devant moi » Et de rappeler toute l’estime que  Jules Verne, son chroniqueur, portait au savant géographe et anarchiste Elisée Reclus. De son propre aveu Verne était pourtant un « conservateur républicain » préférant de loin la gestion sobre de la Cité aux débordements idéologiques de toute nature.
    Il faut attendre 1874 et la parution de  L’Ile mystérieuse (LGF, 2002 - illustrations de Jules Ferat) pour en savoir davantage sur le sombre génie. Vieillissant et désormais sans équipage, malade, Nemo en dit un peu plus à d’autres naufragés, cette fois réchappés en ballon dirigeable des horreurs de la Guerre de Sécession.
    D’abord formé dans les meilleurs universités européennes, ce jeune prince indien s’éprend de la culture occidentale et notamment des sciences qu’il maîtrise rapidement dans leur totalité. Destiné à gouverner l’Inde, il retourne dans son continent dévasté par la Révolte des Cipayes et la répression sanglante qui s’ensuit. Endeuillé par le meurtre de sa famille, il détourne le Nautilus de son usage initialement prévu. D’instrument inégalé d’observation et d’expérimentation, le sous-marin devient le glaive employé à punir les puissances impérialistes, la Grande-Bretagne particulièrement.
    Peu avant de mourir il laisse paraître la déception et les regrets d’un humaniste trahi, rêvant d’une société humaine dont la rédemption passerait par la science.
    Des doutes pourtant subsistent. C’est que l’on croyait déjà Nemo mort, à la fin de Vingt mille lieues sous les mers.
    Pour Alan Moore et Kevin O’Neill il ne fait aucun doute que le ténébreux savant fou est toujours en vie. Et, cela surprend d’abord, Nemo se met au service de l’Angleterre victorienne dans la très steampunk Ligue des gentlemen extraordinaires (Editions USA, 2001)
    Dans L’Autre voyage de Philéas Fogg suivi de Un subterfuge submersible, ou une preuve éclatante (Terre de Brume, 2004) Philip José Farmer pointe les incohérences contenues dans les deux grands romans, et les explique par l’ignorance où était Jules Verne de la véritable nature de Nemo. Agissant comme un leurre, les œuvres de Verne dissimuleraient un personnage encore plus extraordinaire se livrant à un combat d’une tout autre envergure.
    Et, délaissant momentanément leur patiente exégèse du canon holmésien, quelques spécialistes du fameux détective affirment avoir trouvé des indices laissant à penser que le capitaine Nemo et le professeur Moriarty ne feraient qu’un.
    Une dernière version enfin de l’origine de Nemo : en relation épistolaire avec Jules Verne, George Sand lui suggérait avec insistance de déplacer ses Voyages extraordinaires vers les fonds océans, encore inexplorés. C’est sur la plage du Crotoy où il aimait à résider que Jules Verne eut la vision du Nautilus, dont il construisit une maquette vite engloutie dans la Baie de Somme, et qui ne fut jamais retrouvée. Quant à Nemo, il fut d’abord imaginé comme un aristocrate polonais en lutte contre le tsar oppresseur des libertés.
    Devant le refus de son éditeur Hetzel de s’aliéner les sympathies de la cour impériale et peut-être aussi l’énorme marché des lecteurs russes, Jules Verne eut une autre idée… à lire la biographie de Jean-Paul Dekiss, Jules Verne le poète de la science, Timée-Editions, 2005.

    Jean Vanderhaegen (Bibliothèque municipale de Lille)

    (Prochain portrait de savant fou : Monsieur Ming)


    vendredi 8 juin 2012

    l'art fantastique


    Le fantastique, par la diversité des thèmes qu’il regroupe - tel le surnaturel, l’enfer, les fantômes, les loups-garous, et autres créatures extraordinaires, les lieux magiques ou forêts hantées, et tant d’autres choses encore - permet aux artistes de s’exprimer dans les différentes formes que l’art propose : la sculpture, la peinture, le dessin, la gravure, le cinéma … 

    Cathédrale d'Amiens
    En sculpture, l’art fantastique s’exprime dès le Moyen-âge. Au 12ème siècle, les corniches des cathédrales s’agrémentent d’un bestiaire fantastique, animaux inquiétants et démons de pierres, comme les gargouilles de la cathédrale Notre-Dame de Paris, ou celle d’Amiens.
    Au 20ème siècle, Alberto Giacometti s’exprime dans la peinture et dans la sculpture. Sa personnalité le prédisposait à l’art fantastique : il a créé des figures extrêmement longues et étroites (est-ce un corps ou son ombre, un être vivant ou un fantôme ?).

    Germaine Richier - Le griffu, 1952
     
    Germaine Richier, dont les figurines n’éveillent pas l’effroi par une « monstruosité » mais par leur attachement à la forme humaine qu’elle métamorphose, fait partie des trente artistes qui ont été exposés au Fonds Régional d’Art Contemporain d’Auvergne en 2011.




    Quelque soit la période artistique (classique, baroque, renaissance) la peinture connaît, elle aussi, des artistes dont les toiles troublent autant qu’elles fascinent. L’univers qui y est décrit sort des représentations conventionnelles, l’ordre de grandeur  y est démesuré, l’environnement y est surnaturel, les lois de la physique totalement bouleversées… Il suffit de contempler les fresques religieuses représentant anges et démons venus des enfers, dont les décorateurs d’églises ont illustré les murs, ou quelques tableaux où le bien et le mal se disputent sous forme de personnages fantastiques.
    On se laisse surprendre par les curiosités d’Archimboldo de nature très diverse, où l’étrange prend le pas sur le beau, ou encore par les trompe-l’œil façon Escher (avec son escalier impossible).
    Arcimboldo - Le Vertumne


    M.C. Escher - Relativity 1953

















    Certains artistes s’emploient à illustrer ce style littéraire qu’est le fantastique. On trouve parmi eux l’un des plus grands illustrateurs français du 19ème siècle, Gustave Doré, avec ses  gravures en noir et blanc qui subliment les contrastes d’ombres et de lumières. Il a (entre autre) illustré L’Enfer  de Dante Alighieri, mais aussi les Contes de Perrault.
     L’un de ces contes a permis à Jean Cocteau, grand réalisateur, de lui faire hommage par son écriture cinématographique, il suffit de regarder ces deux images :

            G. Doré - Barbe Bleue     J. Cocteau - La Belle et la Bête
    C’est dans la deuxième moitié du 20ème siècle qu’est né un nouvel art fantastique, l’art de la Fantasy, qui connaît un succès croissant depuis J. R. R. Tolkien, l’un des précurseurs de ce genre littéraire. On y trouve des héros imposants, des guerrières, des monstres, des dragons, des sorcières, des fées, le Petit Peuple...
    Le répertoire de ces artistes contemporains s’enrichit depuis ces dernières années, qu'ils travaillent de façon traditionnelle ou avec l’aide du numérique. Ces illustrateurs, réels artistes modernes, nous offrent des œuvres de qualité impressionnante, une façon plaisante de s’échapper dans un monde imaginaire. John Howe est un de ces artistes les plus prestigieux.

    Keith Parkinson
    L’art fantastique traverse les époques, il trouve son fondement dans l’imaginaire, et il existera tant que l’homme puisera son inspiration dans ses rêves, ses peurs, ses visions, son imagination.

    Quelques livres pour en savoir plus :
    • L'Art fantastique / Marcel BRION .- Albin Michel, 1989.
    • L'Art de la Fantasy : le meilleur de l'illustration fantasy contemporaine / Martin McKENNA. Le Pré aux Clercs, 2008.
    • L'Art de la Fantasy vol. 2 /Aly FELL & DUDDLEBUG. Le Pré aux Clercs, 2010
    • Keith PARKINSON  Artbook .- Milady, 2010.
    • Les peintres du Fantastique / André BARRET .- Les éditions de l'amateur, 1996.
    • Animaux étranges et fabuleux : un bestiaire fantastique dans l'art / Ariane et Christian DELACAMPAGNE. - Citadelles et Mazenord, 2010.

    Carole Beauvois (Médiathèque départementale du Nord)


    jeudi 7 juin 2012

    Ray Bradbury


    L'auteur de Chroniques martiennes et de Fahrenheit 451 vient de mourir à l'âge de 91 ans.
    Ray Bradbury est surtout connu comme auteur de science-fiction, mais il disait « Avant tout, je n'écris pas de science-fiction. J'ai écrit seulement un livre de science-fiction et c'est Fahrenheit 451, basé sur la réalité. La science-fiction est une description de la réalité. Le Fantastique est une description de l'irréel. Donc les Chroniques martiennes  ne sont pas de la science-fiction, c'est du fantastique ».
    Auteur prolifique, il a écrit un scénario pour un épisode de la Quatrième dimension, des pièces de théâtre, des nouvelles et de la poésie. Ray Bradbury a inspiré de nombreuses œuvres, notamment au cinéma.

    Quelques titres dans la veine fantastique :
    • Ahmed et la prison du temps (édité par Mille et une Nuits, 1998)
    Ahmed, en plein désert, rencontre Gonn, le dieu des sables, le prince des vents, le gardien des noms perdus : il ne lui apprend pas seulement à voler, nouvel Icare, dans la nuit mystérieuse, mais lui enseigne aussi cette sagesse qui permet d'ouvrir les prisons du temps. 
    • Les pommes d'or du soleil (édité par Gallimard-Folio SF, 2011)
    Tout l'art de Ray Bradbury est concentré dans Les pommes d'or du soleil, recueil comprenant vingt-deux nouvelles : autant de perles mêlant la science-fiction, le fantastique et l'absurde, et nous faisant passer du rire aux larmes.
    • Le fantôme d'Hollywood (édité par Denoël, 1992)
    Un thriller un peu surnaturel dans lequel Bradbury règle ses comptes avec Hollywood.
    • L'homme illustré (édité par Gallimard-Folio SF, 2005)
    Dix-huit histoires dont L'Homme illustré, un homme tatoué, ou plutôt illustré, sur l'ensemble du corps par une vieille femme qui prétendait maîtriser le temps. Chaque image, en prenant vie, raconte alors une histoire différente, qui prédit ce qui doit arriver.
    • Il faut tuer Constance(édité par Denoël, 2004)
    Par une nuit de tempête, un romancier reçoit l'étrange visite de Constance Rattigan, une actrice mythique. Elle se sent persécutée. Pour preuve, ce «livre des morts» déposé devant chez elle et dans lequel sont énumérées les personnalités défuntes qu'elle a connues autrefois, ainsi que le nom de morts à venir. Elle figure sur cette liste...

    Hommage en ce moment sur de nombreux sites entre autres ici, et

    Patricia Le Gall (Médiathèque départementale du Nord)

    Tourcoing FantastiC

    Concours de nouvelles FANTASTIC à Tourcoing

    Dans le cadre des projets Lille3000 Fantastic, vous avez la possibilité d'écrire une nouvelle sur le thème de la ville Fantastic. La nouvelle doit se dérouler dans une des 4 villes participantes -
    • Halluin
    • Neuville en Ferrain
    • Mouvaux
    • Tourcoing 
    - la ville doit pouvoir être identifiée dans le texte qui ne devra pas dépasser 30.000 signes.
    Les nouvelles doivent être envoyées à la ville concernée avant le 1er septembre, par mail. Elles seront lues par un jury constitué des 4 villes. 1 nouvelle sera choisie par ville et ces 4 meilleures nouvelles feront l'objet d'une édition.
    Pour Tourcoing, envoyez votre nouvelle à maisonfoliehospicedhavre@ville-tourcoing.fr

    Pour toute info, cliquez ici

    mercredi 6 juin 2012

    Quand les morts reviennent visiter les vivants

    Takuji ICHIKAWA*
    Je reviendrai avec la pluie
    Éditeur Flammarion, 2012

    Takumi et son fils tentent de survivre à la douleur de la disparition de Mio, leur épouse et mère. « Survivre », parce que le papa n’a aucun sens pratique, et vit avec des phobies un peu handicapantes. Mais son fils de six ans, Yûji, plein de vitalité et l’entraîne, le pousse à vivre.
    Mais… comme nous sommes au Japon où le surnaturel côtoie le réel naturellement, Mio réapparait à la saison des pluies. Sur les lieux de la promenade préférée de la famille, que continuent à fréquenter le père et le fils, elle est là, étrange, hésitante. Et ainsi, peu à peu, le récit bascule dans le fantastique !
    L’écriture facile, les sentiments (qui n’aimerait pas voir réapparaître un être cher disparu ?) rendent ce roman japonais très abordable. 

    *L'auteur Takuji Ichikawa est né à Tokyo en 1962. Au Japon, ce roman est devenu un film et un manga.




    Frédérique Barret (Médiathèque départementale du Nord)

    dimanche 3 juin 2012

    L'Ankou

    Hérité de la mythologie celtique, l'Ankou représente le serviteur de la Mort en Basse-Bretagne (le Finistère et la partie Ouest des Côtes d'Armor et du Morbihan). Avec sa charrette (karrik an Ankou),qui s'annonce par des grincements, il vient ramasser les âmes des défunts. Dans chaque paroisse, le dernier mort de l'année devient l'Ankou de l'année suivante pour cette paroisse. C'est un être de chair ou un squelette, revêtu d'une grande cape noire, coiffé d'un grand chapeau et muni d'une faux, dont le tranchant est tourné en dehors.
    Celui qui aperçoit l'Ankou ou entend grincer les roues de sa charrette va mourir dans l'année ou va perdre un proche.





     
    Anatole le Braz évoque l'Ankou dans son livre "la légende de la mort chez les Bretons armoricains" (paru chez Yoran Embanner, en 2011). L'auteur y a collecté des récits, des témoignages sur la mort en Bretagne. A écouter ici  "L'Ankou et le forgeron".

    "Petites histoires de fantômes bretons" (édité par Terre de Brume, en 2009) est une anthologie de textes, de contes qui faisaient trembler lors des veillées au coin du feu.
     
    Yves Pinguilly propose les "légendes de Bretagne" (paru chez Nathan, en 2011), dans lesquelles l'Ankou apparaît comme un personnage juste, puisqu'il frappe les riches comme les pauvres.

    "L'Ankou" est la 75ème histoire de la série Spirou et Fantasio (édité chez Dupuis, en 2011), de Jean-Claude Fournier. L'Ankou se révolte contre l'implantation d'une centrale nucléaire sur ses terres.

    Théodore Botrel a consacré un poème à l'Ankou dans les "Contes du lit clos"En voici la 1ère strophe :
    C’est moi, l’Ankou ! … L’Ankou qui brise
    Un os de mort dont il aiguise
    Sa vieille faulx sur son genou…
    Moi ! qui puis te faire, à ma guise,
    Le sang plus froid que le caillou !

    La suite de ce poème ici

    L'association REVO (créée en 2004 et basée à Lille) a réalisé un court métrage intitulé "l'Ankou", à visionner ici

     Patricia Le Gall (Médiathèque départementale du Nord)